mai-août 2024

Définition de
l‘échappée, nom féminin
Court voyage par lequel on se libère des contraintes

l’Échappée belle,
Escapade, virée dans un endroit agréable que l’on découvre ; incursion surprenante d’une personne dans un domaine qui révèle un monde


Charlotte Clément est graphiste.
À côté, elle crée des boîtes. Des boîtes-monde, comme des instants capturés.
> les boîtes

Au détour d’une rencontre, on lui a confié une petite statue de vierge, illuminée qui lui rappelle les vierges de Botticelli. Elle l’a mise en boîte. Dans une boîte de « biscotti », elle a raconté une histoire, mélange de souvenirs d’enfance, de déambulations italiennes, d’imaginaire. Elle s’est inspirée des maquettes de décors du XIXe siècle : en fond, une reproduction de la chapelle sixtine ; en arrière-plan des ex-votos, des immortelles, de l’encens autour de la Vierge. Au premier plan, de la dentelle et une guirlande de lumière. Dans cette boîte s’entrelacent les souvenirs : sa première visite au Vatican, ses flâneries romaines, la senteur de l’été provençal durant les processions du 15 août, l’odeur des églises grecques orthodoxes, les coquillages de la méditerranée et la dentelle trouvée dans la boîte à couture de sa grand-mère.

Une autre statue de Vierge, de Lourdes, crée une autre boîte, raconte une nouvelle histoire. Dans une ancienne boîte de photographies de plaques de verre, la petite Vierge de Lourdes fait son apparition, accueillante au milieu des paperolles, des papiers décorés, des émaux glanés à Briare, des roses délicatement séchées, des fioles remplies de perles, paillettes et pigments.
D’autres statues, d’autres boîtes, deviennent boîtes-autel, boîtes-oratoire, boîtes-sanctuaire.
> les vierges

Les boîtes se multiplient, se répondent les unes aux autres. S’esquisse, alors, le projet de les faire voyager, cheminer, cahin-caha. Un voyage créatif en solitaire, à bicyclette. Sur le chemin une boîte-nomade s’invente au gré des rencontres, des flâneries, des échanges et des paysages. Une œuvre en devenir.

Le grand tour

« Les grands voyages ont ceci de merveilleux que
leur enchantement commence avant le départ même.
On ouvre les atlas, on rêve sur les cartes.
On répète les noms magnifiques des villes inconnues… »
Joseph Kessel

Entre France et Italie, de mai à août 2024, 1800 kms à parcourir

Se déplacer, en bateau, à vélo afin de profiter de l’air du temps, de la proximité de la nature, de laisser le temps à l’interrogation, aux rencontres, à l’imprévu.

Un désir, arriver à Rome par des chemins de traverses, en prenant son temps. Comme les premiers découvreurs. larguer les amarres pour la Sardaigne. mettre pied à terre, sur l’île et déambuler à vélo pour abandonner le quotidien et se laisser immerger.
C’est déjà l’Italie, où à chaque coin de rue, dans chaque village, église, chapelle, la Vierge nous regarde, nous protège, nous raconte. nous rappelant les Pietàs d’Ernest-Pignon-Ernest.
Ensuite, reprendre la mer à Olbia et rejoindre Rome par la Voie Aurélia.
À Rome, se laisser happer par la culture italienne, mélange subtil d’Histoire et de vivant.
Séjourner quelques jours à La Villa Médicis, académie de France à Rome, lieu de création, de recherches et d’échanges. Point d’ancrage pour déambuler dans la ville, flâner dans ses jardins, s’imprégner des résidents passés et présents, esquisser et mettre en œuvre la création de la boîte, à partir des matériaux apportés et glanés. Un temps de pause avant de s’élancer.
Vers d’autres résidences d’artistes, d’autres haltes, d’autres moments de partage et d’échanges et enrichir le travail entamé à La Villa Médicis.

« Voyager sans rencontrer l’autre, ce n’est pas voyager, c’est se déplacer »
Alexandra David-Neel

La boîte-nomade, entre contrainte(s) et création

Charlotte Clément a trouvé une boîte sur-mesure pour alléger ses bagages. Elle a cherché des matériaux et des outils légers, faciles à travailler : de la mousse polystyrène pour créer le support à sculpter, du papier pour habiller et illustrer, du balsa pour créer les boîtes. Sur le chemin, elle trouvera les objets, perles, pierres à glaner, les plantes à ramasser, les vierges à mettre en scène, et les histoires à illustrer,…

La boîte à outils idéale

Exposer à Arles durant le festival de la photographie 2024

Raconter et partager le voyage dans une mise-en-scène regroupant la bicyclette, la carriole, la boîte à outils et la boîte-nomade. Dans celle-ci, autour des vierges, des photographies, des vidéos, des dessins, des textes, des collages, objets et plantes récoltés, des rencontres racontées, des rires, des interrogations, des sons et des instants capturés.

Il faut du courage pour créer un monde dans tout art.
Georgia O’Keeffe